Update n°50 : la clé de voûte reste le dollar

Rédigé le 9 juillet 2018 par | Alertes Imprimer

https://cdn.publications-agora.com/services/BCO/images/philippe_bechade.png

Cher lecteur,

Les opérateurs sont méfiants, les gérants réduisent la voilure, les quants jouent la montre (vendre de la valeur temps, c’est leur job !)… et personne n’ose sortir du rang : le premier qui bouge a perdu.

Souvenez-vous du Brexit ; souvenez-vous de l’élection de Donald Trump ; souvenez-vous du VIX-apocalypse (ou du « volatgeddon ») de fin janvier : tous ceux qui ont vendu dans la panique en pensant quitter à temps le Titanic ont vu la proue ressortir des flots déchainés et le navire reprendre gaillardement sa traversée.

Et tous les ans, les médias financiers font l’inventaire de ce qui devrait nous valoir un été meurtrier… et jamais l’apocalypse ne se produit. Les banques centrales font tout leur possible pour l’empêcher… « whatever it takes ».

Mais naviguer entre les icebergs devient de plus en plus compliqué, surtout lorsque les moteurs monétaires s’éteignent les uns après les autres (la FED est en mode « normalisation »).

Mais alors que chacun mesure le péril d’une telle situation, que l’aversion au risque semble à son paroxysme, nous n’assistons qu’à quelques prises de bénéfices sur les valeurs du luxe, à quelques dégagements de précaution sur les semi-conducteurs au cas où la mise en œuvre des premières surtaxes douanières américaines du 6 juillet déboucheraient sur une escalade du conflit commercial avec la Chine à laquelle personne ne veut croire. 

En aucun cas nous ne voyons se dessiner l’ébauche d’une vague d’aversion au risque… reste la possibilité qu’elle surgisse par traitrise sous la forme d’une vague de fond.

Le meilleur exemple de la sérénité absolue des opérateurs, c’est l’absence de toute manifestations de stress sur les Bunds allemands alors que la fragile coalition d’Angela Merkel a bien failli exploser le 2 juillet, et à l’instant où nous rédigeons cette synthèse hebdomadaire, elle reste en sursis. Mais le « 10 ans » allemand reste imperturbable, valeur refuge pas excellence ; nos OAT affichent invariablement 35 points de plus et le spread avec le T-Bond US 2028 reste autour de +250 points (quand le spead entre le 2 ans allemand et le 2 ans US est de 322 points).

 La force du dollar est la faiblesse des émergents

Je m’explique : la Fed a commencé à réduire le volume de son bilan (non seulement elle n’achète plus d’émissions du Trésor mais elle écrème une partie de ce qu’elle détient)  tandis que les besoins de financement des Etats-Unis sont en mode « no limit ».

L’effet de ciseaux s’annonçait terrifiant… mais rien ne se passe.

Cela ne vous a probablement pas échappé : la demande de Dollar, donc de monnaie-dette, reste forte, beaucoup plus forte que prévu.

C’est largement imputable à un vaste mouvement de liquidation qui affecte les dettes émergentes, et le « high yield corporate » (les émissions obligataires à haut rendement d’entreprises qui ont surinvesti et qui ont parfois emprunté en Dollar). De proche en proche, les dettes souveraines émergentes finissent par être contaminées.

Alors les gérants de portefeuilles obligataires internationaux vont chercher refuge sur des instruments « coffre-fort » comme les Bunds ou les Bons du Trésor helvétiques (qui offrent un rendement négatif, parfois au-delà de 8 à 10 ans de maturité)… mais se positionnent de préférence sur des T-Bonds US, qui offrent entre 2.55% et 3% de rémunération.

Ne cherchez pas plus loin la raison de la fermeté du Dollar face à l’Euro !

Et s‘il fallait y ajouter un facteur ponctuellement décisif, la PBOC (banque centrale chinoise) a manifestement orchestré la décrue du Yuan (-5% en 6 semaines) face au billet vert… ce dont elle se défend en invoquant les incertitudes qui planent sur son économie du fait du « comportement hostile » des Etats Unis.

Une portée d’entrée dans les matières premières

Et la force du Dollar débouche sur un « grand classique » : l’affaiblissement de l’or (une assurance contre le risque de désagrégation séculaire du billet vert) et des matières premières. Cela va nous rendre un grand service car cette classe d’actifs va constituer le grand trade de la fin de la décennie.

Et j’attire tout particulièrement votre attention sur le cuivre – dont il sera beaucoup question dans notre prochaine lettre mensuelle à paraitre fin juillet – parti de 3295$ le 8 juin, il vient d’inscrire un score de 2820$ la tonne le 5 juillet (soit -14% en l’espace de très exactement 4 semaines).

Nous sommes déjà en train de calculer à partir de quel niveau vous pourrez passer à l’achat. La clé du timing va dépendre, vous l’avez compris, des signaux technique provenant du Dollar.

Nous nous tenons prêts à vous envoyer une alerte si tout se précipite.

Philippe

 

Le week end de tous les dangers

https://cdn.publications-agora.com/services/BCO/images/GLeclerc.png

Cher lecteur,

Le fait majeur à retenir cette semaine, c’est bien entendu la montée en puissance des menaces protectionnistes de la part des US, et la réponse que leur donne la Chine.

Dans ce contexte, nous allons faire un point sur notre position baissière sur la Chine, et  ensuite sur celles que nous détenons sur le Bund et le secteur bancaire du Dow Jones.

Couverture sur la Chine

Pour mémoire, nous avons acheté le Tracker CHAD pour jouer une baisse de la Bourse chinoise. Ce tracker réplique, à l’inverse, l’indice boursier CSI300. Nous nous sommes positionnés au moment où le tracker a franchi la résistance de son canal baissier, marquant ainsi le début d’un fort rebond (qui correspond donc, à l’inverse, à une accélération baissière sur les marchés actions chinois).

 

Théoriquement, sur un trade aussi rapide et fructueux, il faudrait au moins prendre une partie de nos gains car cett envolée risque de s’essoufler). (En langage technique pour les aficionados, cela veut dire que l’on a retracé 100% de la volatilité disponible en U.T. Hebdomadaire. À cette vitesse, c’est énorme !).

Mais… je vais faire une entorse à la théorie.

Oublions pour une fois l’aspect technique qui n’est qu’un effet collatéral des actualités fondamentales et économiques. Ce sont elles donnent le « La » et font bouger les prix. (Bon, entre nous, je ne  peux m’empêcher d’avoir un gros doute là dessus. Je pense que ce sont les institutionnels qui orientent les marchés de façon à gérer / valoriser leurs stocks de produits dérivés et qu’ils prennent juste les news en prétexte pour faire bouger les marchés dans le sens de leur intéret. Vu que le 5 premières banques d’investissement mondiales contrôlent 70% des transactions sur les produits dérivés, elles font ce qu’elles veulent des marchés.  Mais bon… faisons « comme « si »).

Or comme cette « actualité » peut déraper sans prévenir dès ces prochaines minutes, nous gardons tout simplement notre position. D’autant plus que nous sommes  bien rentrés et disposons maintenant d’une position confortable et facilement défendable. 

MON CONSEIL : Conservez Le tracker bear CHAD. Nous verrons si la confrontation et les risques de guerre comerciale  s’amplifient – ou pas. Avec les élections en approche aux U.S, il est possible que Trump maintienne la pression pour satisfaire son électorat. 

Ceci étant dit, élargissons la vue en regardant   la configuration de l’indice CSI300 (enfin, un autre tracker qui réplique l’indice cette fois : le tracker Lyxor ETF CSI 300A), vous allez voir quels sont les enjeux et là où je veux en venir.

1 – nous avions acheté la cassure du canal haussier vert (pastille orange), tout en profitant de la dynamique baissière du canal gris. Le premier objectif était une accélération vers le support « S ». C’est fait. 

2 – Nous sommes en même temps au contact du support du canal baissier

C’est ce que j’essayais de vous expliquer en introduction : nous sommes techniquement sur un objectif de baisse, qui est un support. Mais nous faisons le choix de conserver pour tenter de pousser plus loin (si possible vers 90 $, indiqué « Target ? » qui correspond à un report d’amplitude et à un plus bas de 2016).

Au passage, les positions baissières sur le CAC 40 et le DAX sont elles aussi dépendantes de la suite que donneront les instances politiques aux U.S, en Chine – et bien entendu en Europe. 

Donc, pour ces mêmes raisons, nous gardons nos couvertures sur le CAC et le DAX.  

Remontée des taux : Le Bund fait de la résistance.

Contre toute attente, le Bund (10 ans allemenand) a entamé une détente en deux temps. Le premier étant l’accord gouvernemental Italien qui a poussé certains investisseurs à se réfugier sur le Bund. Le deuxième a été la conséquence du dernier compte rendue de la BCE avec les propos plus « accommodants » qu’attendu de Mario Draghi.

Ici aussi nous conservons la position car cette détente en deux temps n’aura normalement qu’un impact court terme. 

Mais graphiquement aussi, ce qui s’est passé est intéressant. Prenons le  Bund Future (donc qui évolue à l’inverse des rendements) : il est remonté pile dans une zone de double résistance (résistance du canal baissier (rouge) ET le support (devenu résistance) du grand canal haussier (bleu) 

MON CONSEIL : Cette zone de double résistance est en fait un support pour notre tracker. Nous conservons la position. 

Chute des bancaires

Un petit mot sur l’une des dernières positions que nous venons d’ouvrir : une position à la baisse sur le secteur financier du Dow Jones.

Pour ce faire, nous avons sélectionné le tracker bear Proshares Short Financials (SEF), qui déplique à l’inverse l’évolution de l’indice du secteur bancaire. Nous sommes positionnés, là aussi, quand le tracker a cassé sa résistance (ce qui voulait dire que sur l’indice, les prix avaient enfoncé un support).

Ce débordement met techniquement fin à la tendance baissière du tracker (hausse des banques donc) et devrait relancer le mouvement.

Ce genre de changement de cap peut prendre duy temps, car un secteur aussi lourd et des échelles de temps aussi longues ne se retourne pas du jour au lendemain.

Mais je pense que nous sommes probablement bien rentrés, car l’indicateur d’inertie (SMI) vient juste de se retourner à la hausse, ce qui est un signal technique positif.

MON CONSEIL : Nous conservons la position. 

Voilà donc pour notre update hebdo.

J’attache beaucoup d’importance à essayer de partager la logique de mes trades avec vous ; j’espère que je suis clair ! en tout cas, n’éhsitez pas à m’écrire à la-redaction-bechade@publications-agora.fr si vous avez des questions !

Bon week-end à tous, bonnes vacances à ceux qui y sont déjà. Mais surtout surveillez bien votre boite mail, car les jours et semaines à venir risquent d’être particulièrement mouvementés.

D’un autre côté, vous pouvez aussi en profiter pour vous détendre car nous restons « en état d’alerte maximum » derrière nos écrans !

Gilles, 

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire